Encyclopédies Thomassian

Nous écrire Mise à jour du 8 mai
   

 

 

CAPTAIN' HORN

N°1 (20.12.1948) – N°9 (1.9.1949)

Titre exact
1 et 2 : Youpi présente CAPTAIN’ HORN
3 : Trois Couleurs présente CAPTAIN’ HORN
4 à 9 : CAPTAIN’ HORN

Mensuel
12 pages format 24 x 32
Titre jaune sur fond rouge
E.D.S. (Éditions du Siècle), 8 rue de Brest (Lyon)
Un dossier CAPTAIN’ HORN a été publié dans HOP ! n°52 (2e trim. 1992)

 

ENCARTS

Le numéro 2 contient le feuillet-annonce de ACCROCHE CŒUR, publication parue le même mois.
Le numéro 9 contient le feuillet-annonce de SUPER BOY, publication parue le mois suivant.



COUVERTURES

Elles sont de Robert Bagage

SOMMAIRE

Découragé dans ses recherches pour trouver un remède contre la peste noire, le professeur Bornos est sur le point d’abandonner lorsque son jeune cousin Ted Horn lui apporte le journal d’un de ses ancêtres, Michel Volpe. À la suite d’un naufrage, celui-ci aurait échoué sur une île mystérieuse et découvert une étrange fleur ayant le pouvoir de guérir cette maladie. Mais le manuscrit fait également état d’animaux monstrueux qui peuplent cette île.

À la suite de cette lecture, le professeur Bornos et son assistant Kalman montent une expédition à laquelle participent Ted Horn ainsi que Ferney, un médecin spécialiste des maladies tropicales.

Parvenus sur l’île, les quatre hommes découvrent alors un monde perdu où survivent des bêtes d’un autre âge et des géants belliqueux. Ils sont recueillis par une tribu de pygmées dont le chef est Juan Alvarez, un propriétaire argentin naufragé depuis un an sur cette île.

Accompagnés par Hermine, la fille d’Alvarez, les explorateurs parviennent à se procurer deux spécimens de la fleur. Les savants montent un laboratoire de fortune et réussissent à fabriquer un sérum.

Rongé par la jalousie, le docteur Ferney refuse que le professeur Bornos recueille tous les lauriers de cette découverte. Il s’empare des ampoules de sérum et s’enfuit, abandonnant ses compagnons sur l’île. [c’est à cet endroit que la version française est interrompue avec le numéro 9 de CAPTAIN’ HORN].
 
Tandis que les trois amis restés sur l’île construisent un voilier, Ferney s’est approprié la création du vaccin et s’apprête à l’expérimenter sur des cobayes, ignorant que la fleur a muté et entraîne la mort dans les six mois.

Parvenus à quitter l’île à bord de leur voilier, Horn et Bornos arrivent à temps pour empêcher l’injection mortelle sur un patient et dénoncent la forfaiture de Ferney. Démasqué, celui-ci s’enfuit et finit par périr en chutant dans un précipice, entraînant dans sa mort le précieux sérum.

Se basant sur la thématique du roman « Le monde perdu » (Arthur Conan Doyle), la série s’inspire visiblement du film « King Kong », avec une île inconnue recélant des dangers. Tout le talent du dessinateur s’exprime dans la représentation d’une vallée oubliée noyée sous des nuages de vapeur, à l’étrange et inquiétante végétation, infestée d’animaux tout droit sortis de la préhistoire : brachiosaure, reptile géant ou ptérodactyle… À cet égard, les meilleurs épisodes sont les numéros 3 à 5, dont nous avons reproduit quelques pages.

Complément (par Patrice Delva)

Ce récit est en fait constitué de deux fragments successifs se déroulant à deux époques distinctes.
Au début du récit, les deux personnages principaux Ted Horn et le professeur Bornos commencent la lecture du journal de bord d’un navigateur du XVIIe siècle, Michel Volpe, qui s’avère être un ancêtre de Ted Horn. Le récit quitte alors le présent pour devenir l’histoire de deux personnages du passé, Michel Volpe et l’un de ses compagnons, dans un long épisode relatant une histoire maritime avec mutinerie et naufrage, et l’arrivée de ces deux personnages sur une île perdue au Sud des côtes africaines. Cette première partie couvre les quatre premiers chapitres sur douze, soit un tiers de la série. Quand leur lecture s’achève, et que le récit revient au présent, Ted Horn et le professeur Bornos décident de partir à la recherche de cette île lointaine, en quête d’une fleur aux vertus médicinales mentionnée dans le manuscrit.

Un tel schéma narratif peut naturellement faire penser au « Secret de la Licorne » de Hergé, où de la même manière le capitaine Haddock découvre le manuscrit du chevalier François de Hadoque, également du XVIIe siècle, et en fait la lecture, ce qui servira d’élément de départ là aussi pour une expédition maritime vers une île inconnue.
Nous pouvons plus encore évoquer un schéma comparable dans un épisode de la série d’un autre "capitaine", Kapitein Rob, Capitaine Rob en français, série néerlandaise dessinée par Pieter Joseph Kuhn sur des textes d’Evert Werkman et publiée en 73 épisodes du 11 décembre 1945 au 21 janvier 1966. Tout comme Ted Horn et son ancêtre Michel Volpe, et le capitaine Haddock et le chevalier François de Hadoque, Rob lit le livre de bord d’un de ses ancêtres – dans la version française, le capitaine Fonceauvent (!) -, long récit se déroulant encore une fois au XVIIe siècle et mêlant pirates, guerre ancienne entre navires hollandais et espagnols, tribus amérindiennes et trésor caché par un pirate sur une île déserte. Le récit revenant au présent, Rob part à la recherche de l’île où depuis trois siècles est enterré le trésor du pirate adversaire de son ancêtre (DJINN n° 2 & 3).
Le scénariste Evert Werkman a développé plusieurs variations autour du même procédé, la découverte et la lecture de documents anciens, afin d’enrichir sa série de récits maritimes ayant pour protagonistes des personnages et pour décors des époques du passé, ajoutés à ceux du personnage principal et son présent.

 

La version originale
Contrairement aux autres héros publiés par les éditions du Siècle (Tom’X, Radar, Targa, Garry, Youpi) qui étaient tous des créations originales, Captain’ Horn est la traduction d’une bande dessinée italienne issue des éditions milanaises Alpe : sous le nom de Volpe (le Renard), elle a été publiée dans la collection de récits complets LE PIÙ BELLE AVVENTURE, en alternance avec un autre personnage appelé Saetta. Le premier épisode de Volpe, dessiné par Giovanni Scolari (auteur de la célèbre série de science-fiction « Saturne contre la Terre »), est paru au n°21 (26.5.1940) : Volpe va in America.

L’aventure traduite dans CAPTAIN’ HORN s’intitule « Il fiore inaccessibile ». Elle est parue dans 12  numéros d’une nouvelle série de la collection LE PIÙ BELLE AVENTURE, toujours en alternance avec d’autres personnages :
N°1 (5.2.1944) : I naufraghi della Corsara
N°2 (12.2.1944) : La tribù dei nani
N°3 (19.2.1944) : L’isola del terrore
N°4 (26.2.1944) : Il fiume della morte
N°6 (11.3.1944) : Nell’antro delle belve
N°8 (25.3.1944) : Il re dei pigmei
N°10 (7.4.1944) : Il fiori della morte
N°15 (12.5.1944) : Prigionieri dei giganti
N°19 (9.6.1944) : Alla caccia del fiore
N°20 (16.6.1944) : Il tradimento di Ferney
N°25 (21.7.1944) : La grande prova
N°26 (28.7.1944) : La fine de Ferney

Elle a été rééditée dans la collection I GRANDI RACCONTI ILLUSTRATI Serie I, avec les mêmes titres d’épisodes :
N°1 (25.5.1948) : I naufraghi della Corsara
N°2 (10.6.1948) : La tribù dei nani
N°3 (25.6.1948) : L’isola del terrore
N°4 (10.7.1948) : Il fiume della morte
N°5 (25.7.1948) : Nell’antro delle belve
N°6 (10.8.1948) : Il re dei pigmei
N°7 (25.8.1948) : I fiori della morte
N°8 (25.8.1948) : Prigionieri dei giganti
N°9 (25.9.1948) : Alla caccia del fiore
N°10 (10.10.1948) : Il tradimento di Ferney
N°11 (30.10.1948) : La grande prova
N°12 (10.11.1948) : La fine di Ferney

Une réédition en facsimilés de ces 12 numéros est parue en 1980 chez Club Nostalgia. Elle contient également l’aventure suivante intitulée « Il fiore maledetto » dessinée par Lina Buffolente (Serie I : n°13 à 18) et restée inédite en France :
N°13 (25.11.1948) : Naufragio
N°14 (10.12.1948) : Mistero all’isola
N°15 (15.1.1949) : La tromba marina
N°16 (15.2.1949) : Agguato nella foresta
N°17 (15.3.1949) : L’uomo dai due volti
N°18 (30.3.1949) : Tragico epilogo

La version française
Les éditions du Siècle n’ont publié que les neuf premiers épisodes, avec des couvertures inédites dessinées par Robert Bagage. Il a fallu attendre très exactement cinquante ans pour connaître l’épilogue du récit grâce à la revue HOP ! dirigée par Louis Cance.
Une intégrale des 12 épisodes a été publiée par les éditions Regards (en coédition avec les éditions du Taupinambour) en 2012.

Comparaison des deux versions
La version italienne ne comporte pas de bulles et se présente davantage comme un roman dessiné en images. Le texte est d’ailleurs tapé à la machine, ce qui accentue le réalisme du récit, pouvant faire croire à une histoire vécue.
Il ne manque quasiment aucune vignette dans les fascicules français (la loi de juillet 1949 n’avait pas encore frappé !), mais les planches sont souvent remontées et l’on perd la mise en page d’origine. L’éditeur lyonnais était tributaire de la pagination qu’il avait choisie : les 12 planches italiennes ne pouvaient entrer dans son fascicule qu’au prix d’un découpage différent, plus resserré.
Par ailleurs, la signature E. Bagnoli est parfois transformée en E. Bagnol.

Les auteurs
Le créateur de l’aventure « Il fiore inaccessibile » est Luciano Pedrocchi (1914-1995) tandis que le scénario est attribué à Cesare Solini (notamment connu pour son personnage d’Amok), du moins est-il crédité sur les trois premiers épisodes. Le dessinateur est Enrico Bagnoli (1925-2012), qui faisait preuve d’un talent précoce puisqu’il n’avait que 18 ans à l’époque !

La seconde partie (inédite en France)
Il existe une suite, publiée dans les numéros 13 à 18 de la collection I GRANDI RACCONTI ILLUSTRATI Serie I. Elle est dessinée par Lina Buffolente (1924-2007). Malgré un travail très appliqué, son trait ne possède pas la virtuosité de Bagnoli. Quant au scénario de Leonello Martini (1907-1990), il reste banal et sans rapport avec la démesure de la première partie.
On retrouve les mêmes protagonistes, y compris Ferney qui a survécu à sa chute. Il porte un masque en caoutchouc qui le rend méconnaissable et se fait appeler… Yenref !
Accompagné de Juan Alvarez et de sa fille Hermine, Volpe rend visite au professeur Bornos qui lui montre un article de journal faisant état d’un sérum guérissant de la peste noire et en vente sur l’île de Molokay. Tous quatre se rendent sur place et découvrent la plantation où Ferney cultive les fleurs fournissant le sérum qu’il vend à prix d’or. Celui-ci avoue son amour à Hermine qui le repousse et s’enfuit. Après un âpre combat contre Volpe, Ferney meurt en s’empalant sur son propre couteau. Et Volpe peut enfin épouser Hermine !!

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Nous avons indiqué les correspondances avec les épisodes italiens et restitué les véritables signatures.

N°0 : feuillet-annonce

N°1 (20.12.1948) : couverture Robert Bagage (signé Robba)
Le coffre mystérieux– 10,5 pl.
Ép. 1 : I naufraghi della Corsara – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1943)

N°2 (2.1949) : couverture Robert Bagage (signé Robba)       
L’île des gnomes – 10,5 pl.
Ép. 2 : La tribù dei nani – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1943)

N°3 (20.2.1949) : couverture Robert Bagage (signé Robba)
L’île de la terreur – 10,5 pl.
Ép. 3 : L’isola del terrore – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1943)

N°4 (20.3.1949) : couverture Robert Bagage (signé Robba)
Le fleuve de la mort – 10,5 pl.
Ép. 4 : Il fiume della morte – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1944)

N°5 (5.5.1949) : couverture Robert Bagage
Dans l’antre des fauves – 10 pl.
Ép. 5 : Nell’antro delle belve – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1-1944)

N°6 (1.6.1949) : couverture Robert Bagage
Le roi des pygmées – 10 pl.
Ép. 6 : Il re dei pigmei – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 3-1944)

N°7 (1.7.1949) : couverture Robert Bagage (signé R)
Les fleurs de la mort – 10 pl.
Ép. 7 : I fiori della morte – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1944)

N°8 (1.8.1949) : couverture Robert Bagage (signé Robba)
Prisonniers des géants – 10 pl.
Ép. 8 : Prigionieri dei giganti – 12 pl. (signé E. Bagnoli 6-1944)

N°9 (1.9.1949) : couverture Robert Bagage (signé Robba)
Le rocher de la peur – 10 pl. [interrompu]
Ép. 9 : Alla caccia del fiore – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 7-1944)

COMPLÉMENT
Les trois derniers épisodes, restés inédits à l’époque, ont été proposés par la revue HOP ! dans ses numéros 81, 83 et 85 :

N°81 (1er trim. 1999) :
La trahison de Ferney – 12 pl.
Ép. 10 : Il tradimento di Ferney – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 1944)

N°83 (3e trim. 1999) :
La grande épreuve – 12 pl.
Ép. 11 : La grande prova – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé E. Bagnoli 11-1944)

N°85 (1er trim. 2000) :
La fin de Ferney – 12 pl.
Ép. 12 : La fine di Ferney – 12 pl. (Enrico Bagnoli – signé Enrico Bagnoli 12-1944)

 

 

RELIURE ÉDITEUR

Il existe une reliure des 9 numéros, présentée sous différentes couvertures.

 

SOURCES

Le premier à avoir évoqué CAPTAIN’ HORN est Roland Lacourbe, dans le numéro 15 du fanzine RANTANPLAN (1969) : il propose un résumé détaillé des neuf numéros parus et une analyse de la série.

Un passionnant et très documenté dossier sur Enrico Bagnoli a été publié dans HOP ! n°83 (3e trim. 1999). Il a été réalisé par Ange Tomaselli, un grand érudit de la bande dessinée italienne.

En Italie, la revue FUMETTO a publié un dossier sur Enrico Bagnoli dans son n°22 (mai 1997).

Pour la bibliographie italienne de Volpe, nous avons utilisé l’incontournable encyclopédie de Gianni Bono disponible sur le site : guidafumettoitaliano.com