Encyclopédies Thomassian

Nous écrire Mise à jour du 21 mars

 

 

L'AN 2000

N°1 (2e trim. 1953) - N°12 (2e trim. 1954)

Titre exact :
1 à 3 : Collection « L’an 2000 » avec l’indication : Roman d’anticipation complet-dessiné-inédit
4 à 12 : L’AN 2000 (changement de logo) avec sous-titre : Magazine d’anticipation dessiné

Paraît le 1er  de chaque mois
36 pages format 21 x 27

 

SOMMAIRE

Chaque numéro est constitué d’un récit complet réalisé au lavis.
 
Le dessinateur des 11 premiers numéros est Yves Mondet, la cheville ouvrière des éditions Jacquier.
Le numéro 12, non signé, est sans doute dû à Y. Martin (Yves Martinez), l’auteur maison des couvertures des albums reliés de l’éditeur. Il est d’ailleurs indiqué, en dernière page de ce numéro : dessinateur : Atelier Martin.

Les scénaristes sont des romanciers populaires, presque tous collaborateurs de la collection LA LOUPE chez le même éditeur (Gil Roc, Léopold Massiéra, Frank Peter Belinda, Robert-Jean Boulan) ou bien des amis personnels d’Yves Mondet (Gilles Dutel et Henri Chazelle) : voir son interview dans le numéro 64 de HOP !

 

BIBLIOGRAPHIE

Nous avons indiqué les véritables patronymes des scénaristes entre crochets.

N°1 (2e trim. 1953) : couverture Yves Mondet (signée)
Déportés sur la lune – 31 pl. Scénario de Gil Roc [Marcel Roquier] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du numéro 2 – 1 pl.

 

N°2 (3e trim. 1953) : couverture Yves Mondet (signée)
Au delà du néant – 31 pl. Scénario de Gilles Dutel [Gilles Dutel] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°3 – 1 pl.

 

N°3 (3e trim. 1953 - annoncé le 1er septembre) : couverture Y. Martin ?
À l’assaut de l’Atlantide – 31 pl. Scénario de Léopold Massiéra [Léopold Massiéra] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°4 – 1 pl.

 

N°4 (4e trim. 1953 - annoncé le 1er octobre) : couverture Yves Mondet (signée)
Les hommes sans âmes – 31 pl. Scénario de Henry C. Duck [Henri Chazelle] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°5 – 1 pl.

 

N°5 (4e trim. 1953 - annoncé le 1er novembre) : couverture Yves Mondet
2.050… Opération Astre Solaire – 31 pl. Scénario de Frank Peter Belinda [Jacques Pierroux] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°6 – 1 pl.

 

N°6 (4e trim. 1953 - annoncé le 1er décembre) : couverture Yves Mondet (signée)
La cité de l’espoir – 32 pl. Scénario de Claude François [Gilles Dutel] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°7 – 1 pl.

 

N°7 (1er trim. 1954 - annoncé le 1er janvier) : couverture Yves Mondet (signée)
La quatrième dimension – 32 pl. Scénario de Henry C. Duck [Henri Chazelle] et dessins d’Yves Mondet
Un dessin-annonce du n°8

 

N°8 (1er trim. 1954 - annoncé le 1er février) : couverture Yves Mondet (signée)
Bathyscaphe 40 – 31 pl. Scénario de Claude François [Gilles Dutel] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°9 – 1 pl.

 

 

N°9 (1er trim. 1954 - annoncé le 1er mars) : couverture Yves Mondet (signée)
Le monde des glaces – 31 pl. Scénario de Henry C. Duck [Henri Chazelle] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°10 – 1 pl.

 

 

N°10 (1er trim. 1954 - annoncé le 1er avril) : couverture Yves Mondet (signée)
Expérience Lambda – 31 pl. Scénario de Claude François [Gilles Dutel] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°11 – 1 pl.

 

 

N°11 (2e trim. 1954 - annoncé le 1er avril par erreur) : couverture Yves Mondet (signée)
Les vagabonds de l’éternité – 31 pl. Scénario de Henri C. Duck [Henri Chazelle] et dessins d’Yves Mondet
Annonce du n°12 – 1 pl.

 

 

N°12 (2e trim. 1954 - annoncé le 1er juin) : couverture Y. Martin (signée)
Le monde de la dernière heure – 31 pl. Scénario de R. Jan Boulan [Robert Chamboulan] et dessins d’Yves Martinez
L’annonce habituelle du prochain numéro est remplacée par une publicité pour la collection LA LOUPE
Note : certains font l’erreur d’attribuer les dessins de ce récit à Jan Boulan, alors qu’il n’en est que le scénariste.

 

 

 

ANALYSE DE LA COLLECTION
(étude initialement parue dans le "forum PIMPF" et reproduite avec la permission de l’auteur)

Les dessins des 11 premiers numéros sont signés Yves Mondet, utilisant la technique du lavis ou un procédé proche.
Il suit d’autre part une mise en page déjà rencontrée par exemple dans « Telluro City », signé du pseudonyme Louky, paru initialement dans l'hebdomadaire belge WRILLet réédité dans SPOUTNIK, mise en page, donc, incluant une ou deux cases rondes dans des pages par ailleurs au découpage en cases rectilignes.

À quelques exceptions près, le thème général de cette collection est l’expédition d’exploration, le plus souvent spatiale – space opera –, parfois terrestre voire sous-marine.
La qualité d’un fascicule à l’autre est très inégale. Certains récits sont plus qu’ordinaires, voire assez calamiteux, d’autres beaucoup plus surprenants. Un tri s’impose.

 

N° 1 – Déportés sur la Lune              

Le premier numéro, signé Gil Roc, n’est pas le plus imaginatif de la collection.
Une très classique jeune reporter et un non moins classique jeune scientifique sont emportés par une soucoupe volante sur la face cachée de la Lune. Celle-ci se révèle habitée par des insectes géants, sortes de hannetons diversement colorés selon leur statut social, et bipèdes, dressés sur leurs pattes arrières. Ils vivent dans un complexe monde souterrain constitué de galeries enchevêtrées et de villes superposées dans les profondeurs de l’astre. Ces hannetons, technologiquement très évolués, sont sur le point d’envahir la Terre avec une flotte d’astronefs.
La visite de ce monde souterrain et insectoïde n’est pas sans intérêt.
Le récit se clôt avec l’évasion du jeune couple en formation qui s’empare d’un vaisseau spatial et revient sur Terre où on les conduit direct chez les fous.

Notons une certaine absence de sexisme. La jeune reporter, loin d’être un boulet, est présentée comme étant au moins aussi délurée que son compagnon, même si elle n’en a pas les connaissances.

Petite remarque : la technique du lavis des dessins d’Yves Mondet et leurs nuances de gris assez limitées, sans blanc ni noir véritable et profond, et d’autre part la dominante jaunâtre du papier du fascicule, se conjuguent pour donner à cette bande une ambiance visuelle plutôt terne, évoquant par exemple un rendu d’éclairage plat de tubes lumineux industriels, ce qui peut convenir effectivement à ces lieux lunaires supposés être éclairés par des champignons géants luminescents. Il y aurait donc une correspondance entre la supposée ambiance lumineuse du lieu du récit et le rendu de la technique graphique dudit récit.

N° 2 – Au-delà du néant 

Le récit suivant, signé Gilles Dutel, est des plus classiques, avec le thème de space opera éminemment traité de la fusée – et même la première fusée – quittant la Terre pour explorer un autre système planétaire.
L’équipage est composé d’une nouvelle jeune reporter et quatre messieurs scientifiques.

S’ensuivent quelques péripéties comme leur rencontre avec une espèce extraterrestre, des êtres bipèdes unicellulaires au faciès épais et pratiquant la vivisection. « Et les horribles créatures s’avancent vers Claudie Piper armées de leurs scalpels, ses vêtements sont découpés à l’aide de ciseaux par un infirmier. »
Ensuite, les personnages sont confrontés à une attaque de créatures volantes géantes, entre la chauve-souris et le ptérodactyle, autres habitants de la même planète vivant dans les cavernes d’une falaise. La jeune reporter est enlevée par l’une d’elles. « Claudie, les vêtements en lambeaux, dans un angle de la pièce, se défend avec un gourdin contre des chauves-souris. »
Enfin, les explorateurs échappent de justesse à la destruction de la planète par un aérolithe.

En dépit des apparences, la jeune reporter ne joue pas que le rôle de victime qu’un mâle de service doit sauver. C’est elle en effet qui, lorsque l’alimentation en air du vaisseau tombe en panne, a « l’idée de génie » de respirer grâce à un masque à oxygène tandis que ces messieurs, qui n’y ont pas pensé, dépérissent ; et elle leur sauve même la vie…
Remarquons en revanche une attitude un tantinet chauvine de la part du scénariste, voulant que ce soient des Français qui créent la première fusée intersidérale.

Il n’y a naturellement pas grand-chose de logique, ni a fortiori de scientifique, à attendre de tels récits de science-fiction populaire, et cela contribue sans doute à leur donner du charme.
Ainsi une équipe de trois scientifiques suffit à mettre au point une fusée intersidérale qui atteint directement un autre système planétaire pour son premier vol. On peut faire le rapprochement avec la page d’ouverture du Flash Gordon d’Alex Raymond avec son professeur Hans Zarkov qui construit à lui tout seul un engin semblable dans son garage comme s’il s’agissait juste de bricoler une tondeuse à gazon.
A l’époque de la publication d’An 2000, il avait fallu des efforts considérables en années, en argent et en personnel pour mettre au point simplement les premiers avions de ligne.
Une telle naïveté peut par conséquent éberluer, mais, de nouveau, c’est peut-être précisément cela qui confère aujourd’hui à de telles bandes une part de leur attrait.

 

N° 3 – À l’assaut de l’Atlantide 

Le récit commence avec un thème assez courant de la science-fiction, l’arrivée d’un astre dont la trajectoire doit l’amener à percuter la Terre, ou du moins la frôler et y causer des ravages.
Les variations sont multiples dans les différents media, ainsi quelques titres comme « Conversation d’Eiros avec Charmion » d’Edgar Allan Poe, « Flash Gordon » d’Alex Raymond, « L’étoile mystérieuse » d’hergé, les films « Le choc des mondes » réalisé par Rudolph Maté ou, plus proche, « Melancholia » réalisé par Lars von Trier.
Une case de la deuxième page semble d’ailleurs inspirée de la deuxième case de « Flash Gordon », montrant un bédouin dans le désert priant près de son chameau.

La prière n’est pas la seule attitude possible adoptée par les Terriens. Les uns se lancent dans des fêtes, d’autres montent en haut des montagnes ou s’élèvent dans des machines volantes, d’autres encore se livrent au pillage.
En définitive l’astre errant ne percute pas la Terre, mais son passage provoque des raz-de-marée, des tremblements de terre anéantissant des villes, réveille des volcans.
Et son frôlement fait émerger du fond de l’océan le légendaire continent d’Atlantide. Une expédition parcourt le sol austère de ce qui était encore peu auparavant un fond marin, couvert d’algues et d’animaux marins mourants, d’épaves et de ruines autrefois englouties.
Les explorateurs rencontrent enfin des Atlantes. Ceux-ci, surgissant de cavernes profondes où ils s’étaient réfugiés dans l’antiquité, ont décidé d’attaquer les Terriens et de s’approprier la surface de la planète.

Des rapprochements peuvent être opérés, d’abord de loin avec « L'île du lézard » de Denis McLoughlin qui met en scène une île émergée suite à une secousse sismique et habitée d’hommes-poissons dans un décor de labyrinthes de coraux et de temples que hantent sauriens, anémones de mer géantes, crabes et poulpes.
Et surtout avec « L’énigme de l’Atlantide » d’Edgar P. Jacobs publié dans Tintin deux ans plus tard, et montrant certaines similitudes.
On trouve dans les deux récits le thème commun de l'Atlantide antique menacée déjà une première fois auparavant par la collision entre la Terre et un corps céleste errant, et dont une partie de la population trouve refuge sous terre où elle construit une nouvelle Atlantide. Les Atlantes y développent une civilisation qui dépasse celle des habitants de la surface.
Dans « L’énigme de l’Atlantide », des Atlantes rebelles envisagent d'envahir la surface terrestre ; dans « À l’assaut de l’Atlantide », ils le font pour de bon. 
À la fin à la fois de l’album d’Edgar P. Jacobs et du fascicule de Léopold Massiéra et d’Yves Mondet, les Atlantes survivants de leur monde souterrain détruit quittent la Terre à bord d’un vaisseau spatial vers une autre planète.

Le chauvinisme déjà présent dans le numéro précédent atteint avec celui-ci un degré certain.
C’est un astronome français qui prédit la bonne trajectoire de l’astre, c’est un avion français qui découvre l’existence du nouveau continent, c’est une expédition française qui le parcourt, c’est une épave d’un navire français qu’elle rencontre et visite, c’est en France et à Paris que des Atlantes sont venus s’installer incognito pour étudier les Terriens, et ce sont donc en définitive des Français qui sauvent la Terre en anéantissant la menace atlante…

 

N° 4 – Les hommes sans âmes 

« Les hommes sans âmes » est d’une rare ânerie.
La France est envahie par des extraterrestres venus de la galaxie de l’Homme Bleu, le 3e univers, pour transformer la Terre, « la planète la plus riche en uranium », en gigantesque bombe nucléaire avec laquelle ils souhaitent anéantir une galaxie ennemie.
Les états-uniens lancent une armée pour tenter de délivrer une nouvelle fois le pays de ses envahisseurs, mais ils sont anéantis.
Ce sont en fait deux jeunes Canadiens, « désolés par la mort lente de la mère patrie », qui viennent mettre de l’ordre dans tout cela et « sauver le vieux pays ». Les péripéties dès lors tournent au ridicule bien profond. Une vague intrigue fleur bleue de l’un d’eux avec la reine des extraterrestres achève la caricature.

Avec ce numéro, l’esprit cocardier ne faiblit guère. Si les extraterrestres envahissent la France et non les autres pays, c’est parce qu’ils parlent français. Et si les extraterrestres parlent français, c’est parce qu’ils « ont adopté depuis longtemps cette langue, comme la plus claire et la plus logique ». Le français, langue officielle de la galaxie de l’Homme Bleu, le 3e univers…

Curieusement, ce récit est signé Henri C. Duck/Henri Chazelle.
Or Henri C. Duck/Henri Chazelle est aussi l’auteur des meilleurs récits de la collection. Curieux grand écart…
Ce serait presque à se demander s’il n’y aurait pas une erreur de la part de l’éditeur dans l’attribution des crédits…

N° 5 – 2050 Opération astre solaire 

Le cinquième fascicule présente un des plus étonnants délires pseudo-scientifiques.
Pour pallier l’extinction progressive du soleil, et trouver une autre source d’énergie pour alimenter la Terre, un équipage s’envole à bord d’un « suprajet » à propulsion électrique « entouré de sa poche électrique extérieure ». Le but est de suivre la trace d’une « parcelle stellaire nommée Méenée » qui « se nourrit de feu, s’approvisionne de radiations dans les nappes électrifiées du mur de l’infini ».
Les dangers se multiplient sur le chemin, un nuage de météores, un certain satellite Beoto, véritable « planète en fusion » que l’équipage détruit à l’aide de « quatre obus électriques », et aussi, « au sortir de l’ionosphère sidérale », des « nappes fluidiques émanant de la Terre, et qui sont devenues des masses électriques très dangereuses ». C’est le règne du tout-électrique.
Malgré les obstacles, la mission « supra-sidérale » réussit toutefois. Les explorateurs à bord de leur « suprajet » atteignent la « mer de chocs électriques », « le noyau maître du monde », « la force supérieure en énergie à toutes les autres forces existant au monde » qui « fournit l’énergie universelle ».
Ne reste plus qu’à y puiser, grâce à divers « émetteurs d’ondes », « pylônes transmetteurs » et autres « récepteurs paraboliques » en particulier placés sur la planète Charimus, laquelle, en plus d’être de forme cubique, est l’une des « deux seules planètes fixes ».
Les péripéties sont alors les nombreux incidents techniques qui ne manquent pas de surgir, et plusieurs membres de l’équipage périssent, empoisonnés par l’atmosphère de gaz carbonique de Charimus.

Un tel galimatias est assez réjouissant. Cette suite de données absurdes désoriente le lecteur, et crée un authentique sentiment d’étrangeté. Ce récit sur fond (pseudo)scientifique, voire (pseudo)cosmologique, change un peu des récits précédents et de nombreux space operas « populaires », avec les inévitables extra-terrestres, les explorateurs faits prisonniers et s’évadant de manière mouvementée, les éventuels dinosaures, les bagarres. L’auteur a voulu faire autre chose. Une question est évidemment de savoir si Frank Peter Belinda se prenait très au sérieux alors qu’il écrivait cela…

Quelques remarques. Même si l’équipage du vaisseau est international, le grand ordonnateur de ce projet cosmique et inventeur du fabuleux « suprajet » est français, ainsi que son maître d’équipage.
La ville de Lyon est même ici particulièrement valorisée. Si l’usine qui capte et redistribue l’énergie solaire pour l’Amérique est à Brooklyn, celle pour l’Europe est à Lyon. C’est également à Lyon que se trouve le laboratoire qui fournit les membres français de l’équipage international.
Il est vrai que la Société d’imprimerie et d’éditions du Puits-Pelu Jacquier & Cie était domiciliée à Lyon…

Commence alors l’alternance des récits signés Claude François/Gilles Dutel et Henri C. Duck/Henri Chazelle.

N° 6 – La cité de l’espoir 

« La cité de l’espoir » présente une variation assez réussie sur le thème du monde perdu. On y retrouve les ingrédients habituels, mais assez bien agencés.
Un groupe de jeunes gens part en expédition sur une île ravagée par un tremblement de terre, dans le but noble d’y fonder un lieu de paix, la « Cité de l’espoir ». Mais le tremblement de terre a fait resurgir du sol un territoire demeuré en l’état comme à l’ère secondaire.
Yves Mondet nous gratifie d’intéressants panoramas comme on représente habituellement de tels lieux, pics rocheux, forêt épaisse, lac, habités de très végétariens diplodocus, tricératops et stégosaures, et de tout aussi carnassiers cératosaures, laelaps, ichtyosaures et ptérodactyles. Y vivent aussi des hommes-singes, vivant dans une cité de cavernes à flanc de falaise, dont les auteurs nous offrent une visite.
Les rencontres avec ces divers êtres, ainsi qu’une éruption volcanique, font passer de vie à trépas successivement ces personnages, excepté l’une des jeunes femmes du groupe, devenue folle.
Qui avait déjà entendu parler des laelaps ?

N° 7 – La quatrième dimension 

« La quatrième dimension » est une des réussites de la collection, signée Henri C. Duck/Henri Chazelle. Le lecteur repart pour un grand voyage dans l’étrange, comme avec le bien délirant « 2050 Opération astre solaire », mais en nettement plus raisonnable.

Cette fois-ci, le jeune homme de service qui crée tout seul sa fusée veut dépasser la vitesse de la lumière non pour explorer l’espace, mais au contraire le quitter pour entrer dans la 4e dimension.
Le lecteur a droit à quelques explications brumeuses : « Voici ma découverte : la nature de la lumière change non pas avec la vitesse de la lumière, qui est d’ailleurs fixe, mais avec la vitesse du corps éclairé », ce qui paraît être une façon curieuse de présenter l’effet Doppler-Fizeau.

On peut souligner alors le travail assez saisissant du dessinateur pour figurer cette 4e dimension.
Pour commencer, une vaste planche montre le vaisseau spatial sans paroi puisque son intérieur devient accessible via la 4e dimension qui contourne les 3 dimensions usuelles. S’ajoutent des effets de plongées dans un tunnel sans fin, de perspectives bouleversées, d’espace strié. Des personnages deviennent transparents quand ils glissent dans la dimension supplémentaire, ou apparaissent et disparaissent soudainement. Il y a aussi des scènes dans un vide noir sans repères, sans pesanteur, « l’espace indéfini ».
Les dialogues ajoutent leur part : passé, présent et futur se confondent ; « Nous ne mourons pas, nous passons dans une autre époque » ; la pesanteur est déclarée « tétra-dimensionnelle » ; jusqu’à la surprise d’une phrase comme : « Imaginez ce qui arriverait à quelqu’un qui ne serait relié à personne ni par le temps ni par l’espace ».
Une autre trouvaille veut que, bien que sortis de leur vaisseau, les deux explorateurs aient leur sort toujours lié à celui-ci. Le fait que ce vaisseau, abandonné et perdu de vue, garde ou perde de l’énergie et que sa vitesse soit au-delà ou en-deçà de celle de la lumière, conditionne leur maintien dans la 4e dimension ou au contraire leur retour dans les 3 dimensions habituelles.

cette performance d’ Henri C. Duck/Henri Chazelle et Yves Mondet mérite plus qu’un coup d’œil.

Sur cette notion de 4e dimension, on peut lire le roman classique « Flatland » d’Edwin A. Abott de 1884 (éditions Denoël) ou, mieux encore, l’essai « La quatrième dimension » de Rudy Rucker de 1984 (Seuil) où toutes ces choses et bien plus sont très clairement expliquées.

N° 8 – Bathyscaphe 40 

« Bathyscaphe 40 » est une bien curieuse chose. S’enfonçant sous la mer à bord d’un sous-marin révolutionnaire, son équipage atteint, au-delà d’une gigantesque profondeur, un grand vide au centre duquel tourne le noyau de la Terre, semblable à une petite planète.
Les explications pseudo-scientifiques censées rendre compte de cet état de fait laissent pantois.
Le noyau est habité de nains télépathes, lesquels, stupéfaits de voir arriver les Terriens et découvrant ainsi qu’il existe un univers au-delà de leur ciel restreint, décident d’envahir la surface terrestre.
Une ridicule histoire de jalousie féminine, entretenue par l’un des personnages masculins, achève de ternir l’ensemble déjà bien fragile.

Une astuce d’Yves Mondet, dans cet épisode, est d’éclairer ses personnages par en-dessous, avec la partie inférieure du visage plus lumineuse et des ombres projetées vers le haut, car la lumière, sur le noyau central de la Terre, n’est pas supposée venir comme sur Terre du haut, constitué ici du fond obscur des océans, mais du bas, du cœur luminescent du noyau lui-même.
Cela ne suffit malheureusement pas à racheter ce grand moment d’ânerie.

N° 9 – Le monde des glaces 

sur le thème bien classique de la révolte des machines, ce récit de Henri C. Duck/Henri Chazelle se montre assez intéressant, en grande partie de par le contexte de son décor.
Des humains ont installé plusieurs stations habitées sur une planète très éloignée de son étoile et entièrement constituée de glace, en contact radio les unes avec les autres. Ils ont à leur service des robots perfectionnés.
Dans l’une de ces bases, numérotée 8, des événements inattendus se produisent. Un robot a un comportement singulier, et surtout la base principale ne répond plus à la radio, source d’inquiétudes et d’interrogations. Une expédition en véhicules glisseurs se met en route vers la base devenue muette, à travers les paysages désolés de glace et de mers d’air liquide pour tâcher de découvrir les raisons de cet silence inattendu.
Il s’avère que les humains doivent soudain faire face à la révolte sanglante de leurs robots devenus autonomes.
Les inquiétudes et interrogations préliminaires laissent la place à des scènes de violence, à l’intérieur de la station principale où quelques survivants tentent de résister à l’attaque de leurs anciens serviteurs métalliques, puis lors d’une course-poursuite en appareils glisseurs sur la surface gelée, enfin lors de l’attaque de la station n° 8 de départ par des armées de robots venus de la base centrale.

Une séquence très originale est à relever. Des robots rebelles font prisonniers des humains pour en faire des  « jouets » qu’ils obligent à rire… Ne connaissant pas le rire, les robots se repaissent d’entendre des humains rire, ce qui constitue pour eux une véritable drogue…

 

N° 10 – Expérience Lambda 

« Expérience Lambda » présente la révolte de rebelles idéalistes libertaires contre une société totalitaire et eugéniste dépeinte d’une manière caricaturale outrancière, et où la pensée de Friedrich Wilhelm Nietzsche est invraisemblablement dénaturée.
Ajoutons des Saturniens à l’apparence d’un grotesque achevé, un autre personnage de femme désirant se venger, comparable à celui de « Bathyscaphe 40 », et une chute particulièrement naïve, pour achever de faire de ce récit un nouvel éprouvant ratage signé Claude François/Gilles Dutel.

Détail singulier : aussi bien sur la couverture que dans le récit, des fusées portent la lettre grecque « lambda » à l’envers, ce qui la rend lisible à l'endroit quand les fusées sont vues à l'envers, c'est-à-dire piquant vers le sol.

N° 11 – Les vagabonds de l’éternité  

Avec « Les vagabonds de l’éternité », Henri C. Duck/Henri Chazelle a voulu peindre une grande fresque couvrant des milliers d’années, entremêlant le thème imposant de la naissance et de l’écroulement des grands empires et civilisations, à celui de l’immortalité.
Dans une société très ancienne et très évoluée, des scientifiques découvrent qu’un cataclysme proche va ravager la Terre. Dans le même temps, un autre scientifique découvre le secret de l’immortalité, sous la forme d’un philtre. Son jeune assistant lui dérobe, dans le but d’impressionner et séduire sa jeune cousine. Il lui fait boire à son insu de ce philtre, en boit lui-même, les rendant tous deux immortels. Elle le rejette toutefois, et il la prend en détestation.
Le cataclysme a lieu, et au travers des siècles suivants qui voient disparaître cette civilisation et en surgir de nouvelles, le jeune assistant fort de son pouvoir d’immortalité ne cesse de poursuivre de sa haine sa cousine tout aussi immortelle que cette éternité non voulue condamne à une détresse infinie au sein de paysages désolés où son environnement et son univers mental se confondent.
Nous avons là au final une curieuse fresque, grandiose par certains aspects, bien kitsch par d’autres.

N° 12 – Le monde de la dernière heure 

Le dernier fascicule est une sorte de consternante tentative de suite du film « Le choc des mondes / When worlds collide » de Rudolph Maté sorti en 1951, donc 3 ans plus tôt, bien triste façon de clore la collection.

Henri C. Duck/Henri Chazelle signe trois des meilleurs – sinon les trois meilleurs – récits de cette collection, « La quatrième dimension », « Le monde des glaces » et « Les vagabonds de l’éternité ».
Certaines idées semblent communes entre ses scénarios et le récit signé Léopold Massiéra.
Ainsi, dans le n° 3 « à l’assaut de l’Atlantide » de Léopold Massiéra et dans le n° 11 « Les vagabonds de l’éternité » de Henri C. Duck, nous trouvons en commun les thèmes de civilisations anciennes grandioses liées à l’Égypte, de leur destruction par un cataclysme, de la tentative de sauver une élite choisie s’enfermant dans un refuge.
De la même manière, nous trouvons le thème récurrent de « l’autre » vivant incognito parmi les terriens – c’est-à-dire les Français ! –, qu’il s’agisse d’Atlantes de nouveau dans le n° 3 « à l’assaut de l’Atlantide » de Léopold Massiéra, d’une reine d’une autre galaxie dans le n° 4 « Les hommes sans âmes » d’Henri C. Duck, ou d’un habitant de la 4e dimension dans le n° 7 « La quatrième dimension » là encore d’Henri C. Duck.
Le second s’est-il inspiré du scénario du premier ?

Yves Mondet a donc expliqué que Claude François était le pseudonyme de Gilles Dutel.
Et de fait, des similitudes sont à noter, par exemple entre la cité des chauves-souris géantes du n° 2 « Au-delà du néant » de Gilles Dutel et celle des hommes-singes du n° 6 « La cité de l’espoir » de Claude François.
Également la ressemblance dans le traitement réservé à un personnage féminin de chacun de ces deux épisodes, et le style narratif à cette occasion :
« Et les horribles créatures s’avancent vers Claudie Piper armées de leurs scalpels, ses vêtements sont découpés à l’aide de ciseaux par un infirmier » et « Claudie, les vêtements en lambeaux, dans un angle de la pièce, se défend avec un gourdin contre des chauves-souris » pour l’une dans « Au-delà du néant » ; et « D’un geste brusque, l’homme-singe tente d’arracher les vêtements de Kaki et il la jette à terre » et « Ses vêtements sont en lambeaux » pour l’autre dans « La cité de l’espoir ».
Ou encore la similitude dans la manière dont des astronefs encadrent et s’emparent d’un vaisseau spatial dans le n° 2 « Au-delà du néant » de Gilles Dutel et dans les n° 8 « Bathyscaphe 40 » et n° 10 « Expérience Lambda » de Claude François.
Par ailleurs, le n° 10 « Expérience Lambda » de Claude François montre à la quatrième page une statue élevée à un certain « Gil Dutel » !
Dans le même fascicule, l’un des personnages s’appelle  « Gilles Dupuy », mélange entre « Gilles Dutel » et le nom de la maison d’édition du « Puits-Pelu ».

Un autre rapprochement est à noter, ainsi la présence du même personnage de jeune reporter au féminin dans « Déportés sur la Lune » signé Gil Roc et « Au-delà du néant » signé Gilles Dutel.
Là aussi, le second s’est-il inspiré du scénario du précédent ?

 

RELIURES ÉDITEUR

Elles sont titrées 4 AVENTURES EN L’AN 2000
N°1 : 1 à 4 – couverture Y. Martin (signée)


N°2 : 5 à 8 – couverture Y. Martin (signée)

 


N°3 : 9 à 2 – couverture Y. Martin (signée)

 

 

Il existe une reliure d’invendus titrée L’AN 2000, sous couverture du n°11 et  regroupant 5 numéros dépareillés (au moins 4 versions différentes)

 

GALERIE D'ORIGINAUX

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